100 KM DE STEENWERCK
Mercredi 30 avril 2008. Je prends la route en milieu d’après-midi
direction le Nord, vers Steenwerck – prononcer Stinverk , c’est du flamand – où se
courent deux 100 bornes : l’un dit « populaire « ,
départ 19 heures le 30.04, ouvert aux coureurs, marcheurs, le temps
limite étant de 24 heures ; l’autre, auquel je suis inscrit,
départ 6 heures le 01.05, temps limite 13 heures. Il y a environ 600
inscrits pour le premier, une quarantaine pour le second –
l’élite, quoi !-.Je pensais arriver pour le départ de 19 h. , en fait d’énormes bouchons près de
Lille ne me feront arriver que vers 21 h. Le temps de me restaurer, de
régler les formalités et au lit, dans une salle communale
où ont été installés des lits de camp fournis
gracieusement par l’organisation. Rudimentaire ,
mais correct. J’ai convenu avec d’autres coureurs
hébergés comme moi un réveil à 4 h.,
un petit déjeuner nous étant offert à ce moment. Nuit
calme, j’ouvre les yeux, lève la tête et constate que mes
colocataires sont partis ! Un coup d’œil à ma montre : 5h03 !
Pour un départ à 6 heures !! Bref instant de panique
, le plus urgent est de préparer mes pieds, d’adapter ma
tenue à la météo – ce sera maillot technique long,
coupe-vent , et cuissard USO -, je file à la salle des sports
récupérer mon dossard , donne mon ravitaillement personnel
à déposer ; le petit déjeuner n’est plus servi,
j’avale quelques fruits secs, un thé…Comme tout cela ne sera
absorbé que d’ici 30 min. au plus tôt , je vais prendre le départ
à jeun ! J’ai à peine le temps de lacer mes chaussures et
pan ! c’est parti…
Un prologue de 4 km dans le village, puis 5 boucles d’environ 19 km. Je
cours ce 100 bornes dans le but de « consolider « mon dossier
d’inscription au Spartathlon , il me faut donc réaliser moins de 10 h30 ; en
fait, un ancien » multi –spartathlète
« estimant que les chances de réussite sont minimes si on ne
descend pas sous les 10h. , ce sera le véritable objectif ; cela dit,
mon meilleur chrono étant de 9 h 38, je vais viser 9h30 ou moins.
Départ prudent, nous serpentons dans le village désert ;
brusquement, la tête de course fait demi-tour, nous avons loupé un
embranchement ; du coup, les derniers rigolent bien. Une perte de 2 min. , moins grave que pour un 10 km , n’est-ce pas
Stéphane – Armand - ? Je suis à côté de Jean-
René, dont l’allure me convient. Il vise moins de 9 heures , mais avec un record à 3h10 au marathon, je
doute qu’il y parvienne , ce dont je me garde bien de l’informer.
Boucle 1 : allure stable ; ciel dégagé ,
vent constant ; j’ai décidé de chronométrer par
tranches de 10 km , à courir en mois de 55 min., je remets ma montre
à zéro à chaque fois, cela évite les calculs. Les
km défilent tranquillement, Jean- René est prof de musique, nous
parlons de nos métiers respectifs , un peu de
course à pieds ; il y a 6 postes de ravitaillement sur la boucle , et
à chaque fois un passage dans la salle des sports avec la
possibilité d’accéder à son sac, etc…,
comme à Eppeville.
Boucle 2 : Tout va bien ; le temps est ensoleillé, j’ai
laissé mon coupe-vent au vestiaire ; l’allure est régulière
; toutefois, vers le 30 ème , J.R me signale un début de crampes , les jambes
lourdes ; cela se confirme, puisqu’arrivés au 40 ème, il m’informe qu’il va
s’arrêter pour se faire masser.
Boucle 3 : je quitte donc seul la salle des sports.
C’est l’occasion de souligner l’énorme
intérêt d’un accompagnateur cycliste sur une telle course , qui peut discuter, anticiper sur les
ravitaillements, chercher un vêtement, sans que le coureur
ait à se préoccuper de l’intendance , en somme. Gain de
temps considérable , soutien psychologique
important. Mais là, je suis tout seul, je découpe le trajet en
tronçons ; le système en boucles ,
rébarbatif sur « courtes » distances, est appréciable
en ultra, car il permet de repérer des points-clés –
ravitos, une ferme, etc…-et , surtout vers la
fin, de visualiser l’effort à accomplir. Les mollets
s’alourdissent, je m’arrêterai au 60 ème
pour enfiler mes manchons compressifs – suivant les conseils de
Frédéric à Eppeville, cela m’avait bien
réussi. -.Encore une fois, l’effet sera instantané, les
mauvaises sensations disparaissent, elles ne reviendront pas.
Boucle 4 : celle que j’appréhende ; c’est le segment 65
– 85 , celui où tout peut
s’effondrer. Je n’ai pas revu J.R et ne le reverrai pas. Je serai
donc seul à partir du 40 ème
jusqu’à la fin. Je tourne toujours en moins de 55 min aux 10, la
machine fonctionne. Le ciel se couvre de plus en plus, et au 70 ème patatras ! La douche, des gouttes
énormes, je n’ai pas souvenir d’avoir couru sous pareil
déluge, je suis trempé en moins d’une minute,
d’autant que le vent n’a pas faibli.4 km après, accalmie ;
il ne pleut plus, mais le vent souffle de plus en plus, je sens le froid me
gagner, il reste 7 km pour atteindre la salle et me changer, je ne tiendrai pas
jusque là…Miracle ! Un cycliste s’arrête à ma
hauteur : « Comment ça va ? « - « J’ai froid,
très froid… »- « Si tu veux prends ma veste et mes
gants, je les récupérerai dans la salle ,
parce que là, tu seras en hypothermie avant d’y arriver ». J’accepte , le changement est instantané,
même sur mon maillot trempé. Béni sois-tu, mon Saint -
Martin ! Je repars, mais la vitesse chute, je reste péniblement à
un petit 10 km/h. Arrivé à la salle, je récupère
mon coupe- vent, décide de garder le maillot qui a un peu
séché entretemps. Changer de chaussures et chaussettes ? Non, je
garde les mêmes.
Boucle 5 : 500m après la sortie de la salle, nouveau déluge ;
comme le vent est de face, je suis rapidement trempé, mais le coupe-vent
garde son efficacité et je n’ai pas vraiment froid. J’ai bien
fait de garder les mêmes chaussures. En revanche, je cours plus
lentement, l’objectif des 9h30 s’éloigne, et
, je ne sais pourquoi, je décide : 9h43…Je cours tout le
temps , ne marchant que pour retirer ou remettre le coupe-vent en fonction des
multiples changements du ciel. Au 85 ème, il
me reste 2h pour descendre sous les 10 heures, c’est jouable,
d’autant que l’allure s’améliore et que
j’atteins, voire dépasse les 10 à l’heure. 95 ème : à partir de ce point, chaque km est
indiqué ; 96 ème : brutale sensation
d’épuisement ; il ne reste qu’un aller-retour de la base de Vaires, je l’ai fait des dizaines de fois, mais là , j’ai atteint une limite :
l’impression que le cerveau ne fonctionne plus pendant quelques fractions
de secondes – plus de son, plus d’image - , les jambes avancent
mécaniquement, j’essaie d’accélérer à
chaque instant de lucidité. Au 98 ème,
un concurrent me dépasse, je n’essaie pas d’accrocher, de
toutes façons je vais y arriver, sous les 10 heures, c’est
sûr. 99 ème…500 derniers
mètres, j’adopte une « vraie « foulée pour
épater les spectateurs, entrée dans la salle, applaudissements,
annonce au micro : « Dossard 2208, 9h.46, premier V2 ». Premier V2
? Il y avait pourtant un gars qui avait déjà couru en 8h15, il a
du abandonner…Au général je ne sais pas,
l’écran informatique indique 5 ème,
le tableau manuscrit 8 ème –en fait 7 ème ,
le premier est un Handisport -. Peu importe ,
l’essentiel est obtenu.
Je demande à voir l’organisateur, car je n’ai pas
très envie d’attendre la remise des prix qui débute
à 19h30,- il est à peine 16h.-, devant rentrer sur Vaires et travaillant le lendemain. Merci pour tout. 15
minutes de relaxation, une bonne douche bien chaude, et l’autoroute,
totalement dégagée cette fois-ci. Conclusion ? Je pense
honnêtement que j’aurai pu descendre sous les 9h30, si la
météo avait été un peu plus clémente sur le
dernier tiers. Ce n’est pas bien grave…