Samedi 16.02.08. Me voici donc parti vers la capitale pour participer au 1er Ecotrail de Paris, 82 km, 1500m de D+. Je gare ma voiture dans une petite rue près de la Tour Eiffel, le stationnement est gratuit le samedi dans ce secteur, et rejoins le palais des sports d’Issy-les-Moulineaux en RER, pour y récupérer le dossard, la puce, etc…La procédure rappelle celle de l’Utmb, y compris dans le matériel obligatoire, ce qui est peut-être un peu exagéré, nous ne sommes pas en haute montagne tout de même ! Bon, cela renforce l’impression d’aventure. Je retrouve Mathieu dans l’enceinte du palais. A sa question concernant mon objectif chronométrique – notion très aléatoire en trail -, je réponds que 82 km + 15 km en équivalent plat totalisant presque 100 bornes, je vise moins de 10 heures, histoire d’avoir des repères. Dans le RER qui nous conduit à St Quentin en Yvelines, lieu du départ, nous rencontrons Patrick, chargé comme un mulet, on croirait qu’il va courir le marathon des sables… Arrivés sur le site près d’une heure avant le départ fixé à 12h30 – pourquoi si tard ?-, nous nous réchauffons tant bien que mal, le soleil est bien là mais un petit vent glacial souffle en permanence. Patrick – forcément Patrick- remarque qu’il y a peu de coureuses, effectivement. Discours d’usage des organisateurs, présentation des favoris, dont curieusement je ne fais pas partie, et hop ! c’est lancé, à 12h30 pétantes. Heure limite d’arrivée autorisée :01h00 du matin.
Démarrage tranquille, les 10-15 premiers km sont quasi plats, je ne commence à marcher en côte qu’après 1h30 de course. Hormis quelques brefs passages en milieu urbain, le circuit emprunte des chemins forestiers, des alentours de bases de loisirs, ce qui permet de constater qu’il y a en définitive pas mal d’espaces verts aménagés en région parisienne…Premier ravitaillement au 21ème km, 1h45, « ça roule ». Le dénivelé devient alors plus significatif, et vers le 35ème, j’ai un gros « coup de moins bien ». L’eau et le dextrose ne me ragaillardissent que partiellement, je suis dépassé par nombre de coureurs, je marche de plus en plus, trop ! Je ne comprends pas ce qui se passe, je note cependant que bien qu’ayant l’impression de boire suffisamment, je n’urine pas beaucoup…et en course, surtout longue, quand le pipi va, tout va ! J’éprouve le besoin de téléphoner à ma tendre et chère qui, pour me remonter le moral, me recommande de faire attention car elle n’a pas envie d’être veuve, du moins pour l’instant ! La pensée de l’abandon me traverse – brièvement – l’esprit, même les noix de cajou chères à Monique ne me retapent pas. J’atteins péniblement le 2ème ravitaillement, au 50 ème km, où je remplis ma poche à eau – j’ai bien bu 2 litres sur 29 km – et puis miracle ! une simple tasse de thé sucré, bien chaud – la température extérieure baisse de plus en plus – me regonfle à bloc ! Je quitte le ravitaillement, son orchestre de jazz et ses jongleurs qui nous offrent une animation courageuse vu la température, et cours vers le prochain, situé au 63ème km, que j’atteins sans problème après avoir endossé une veste et allumé ma frontale. Je sais que je finirai, je suis largement en-deçà des barrières horaires et le binôme tête-corps fonctionne parfaitement. Etrange, la machine humaine !A partir du 63ème, il n’y a pratiquement plus de côtes, ce qui me permet de joindre le dernier poste ( 70ème ) en un peu plus de 45 min. La Tour Eiffel, illuminée est maintenant visible, encore 12 km, descente dans le parc de Saint-Cloud spécialement ouvert puis les quais de Seine, portion la moins intéressante, surtout sur la rive droite – nous longeons l’île Seguin avant de traverser et revenir vers l’objectif. A cette occasion, je constate qu’autant mes qualités de traileur sont modestes, autant la pratique de l’ultra sur route s’avère payante, car non seulement je cours sans discontinuer, mais je dépasse une bonne vingtaine de concurrents, ce qui est toujours agréable sur la fin d’une épreuve !La ligne d’arrivée est située au 1er étage de la Tour, auparavant, les organisateurs ont eu l’idée de nous faire traverser une grande tente , en passant sur une sorte de podium devant des dizaines de spectateurs qui applaudissent, un vrai défilé de mannequins !Je suis surpris de monter les marches sans difficultés , et pourtant il y en a beaucoup plus qu’à Cannes, et fais vivre en « direct live « grâce au portable ces derniers instants à mon ex-future veuve , rassurée ; au chrono 9h34 de course, objectif atteint, je n’ai aucune idée de mon classement – il y en a plus derrière que devant, et de toutes façons, en trail , je suis souvent classé en fin du 1er tiers par rapport au nombre de partants – la barrière horaire est à 1 heure du matin. Je ne m’attarde pas au 1er étage, il fait froid, et décide de ne pas me rendre au buffet d’après course, je n’ai qu’une envie rentrer chez moi, je grelotte avec mes vêtements trempés de sueur cinglés par le vent. Nous descendons par l’ascenseur avec des touristes ébahis, je prends la direction des vestiaires situés dans un centre sportif à 300 m de la Tour, me rends compte au bout de 5 minutes que je suis paumé et suis obligé de demander à un couple – qui se révèle être anglais- où se trouve la Seine pour que je puisse me repérer !C’est dire si mes facultés intellectuelles sont au sommet ! elles ont du rester sur la Tour…Cela dit, j’ai l’occasion d’une bonne marche de récupération, et avec la doudoune USO – un peu de pub –que j’ai récupérée au vestiaire, je n’ai plus froid. A minuit pile, au lit ! Je ne sais pas à cette heure ce qu’il en est advenu de mes deux collègues.
930 coureurs annoncés par les organisateurs au départ, c’est une réussite pour une première édition. Organisation sans faille, parcours globalement agréable hormis, à mon goût, une portion trop longue sur la rive droite de la Seine, le long de l’île Seguin. Bénévoles aux petits soins, et par chance un temps froid mais ensoleillé toute la journée. Quelles sont les difficultés de cette course ? Sa longueur, 82 km, difficile à encaisser en tout début de saison, on n’a pas beaucoup d’épreuves longue distance à cette époque. Le dénivelé, concentré entre 15ème et 60ème km ; on le ressent toutefois moins que sur le trail d’Auffargis par exemple. Les barrières horaires auront sans doute été difficiles à respecter. Quoiqu’il en soit, cette épreuve mérite d’être connue et reconnue, à condition qu’elle ne subisse pas un phénomène de (sur)médiatisation tel que celui dont est victime l’UTMB depuis l’an dernier ; mais sur ce plan, ce seront plut^t les paramètres économiques et financiers qui seront déterminants…
P.S Les résultats sont publiés : 321ème sur 744 arrivants, 897 au départ ; Mathieu et Patrick ont également franchi la ligne dans les temps impartis, carton plein pour l’USO !