Le Grand Raid du
Morbihan – ou : On the way to Athens.
Jeudi matin. Jean-Marc , que j’ai rencontré par
hasard sur les chemins de l’Utmb ,et qui habite tout près de Vaires , passe me
chercher , direction Vannes où nous allons passer la nuit avant le départ du
Raid du Morbihan , programmé pour le vendredi à 17 heures. Cette course ,
longue de 177 km , sur les sentiers côtiers , les routes et les chemins du
Morbihan , relie Locmariaquer au Port du Crouesty , situés à quelques centaines
de mètres l’un de l’autre à vol d’oiseau – ou à la nage - ; bien entendu , les
organisateurs ont concocté un itinéraire beaucoup moins direct ! J’envisage
cette épreuve dans le cadre de ma préparation pour le Spartathlon , dont le
comité d’organisation doit me répondre vers le 15 juillet. Objectif : environ
26 heures , une extrapolation des barrières horaires imposées au S.- 24h30 pour
172 km- , tenant compte du terrain irrégulier, du port de chaussures de trail
et d’un sac à dos.
Après une petite visite du vieux Vannes et une nuit
tranquille à l’hôtel , départ vers Arzon – Port du Crouesty, où nous attendent
des navettes qui nous emmènent à Locmariaquer. Ce système nous permet de garer
notre voiture juste à côté de l’arrivée. Je passe un coup de fil à la maison,
ma fille m’annonce qu’il y a au courrier une lettre estampillée Spartathlon !
La réponse, déjà ? Doit-elle me la lire au risque d’une grosse déception , ou
au contraire de recevoir un encouragement inespéré ?Bon vas-y , lis-la… » Dear Mr Leconte , we are glad to inform you
that the Committee accepted your application in Spartathlon 2008…” Yes!!!
C’est parti ! Le matin même du Raid , c’est un signe, non ? En tout cas , un
sacré coup de fouet !
Le retrait des dossards se fait dans un gymnase de Loc…,
le départ est donné sur le stade. Une demi-heure avant celui-ci, je m’aperçois
que ma poche à eau est percée à mi-hauteur ! Un colmatage par du ruban adhésif
s’avèrera vite insuffisant et sera complété par un sac poubelle enveloppant…Du
coup, j’emporte deux bouteilles de 50 cl , ce système me garantira une réserve
correcte mais me contraindra à des manipulations imprévues- et chronophages
-.J’ai décidé de prendre un départ tranquille, à une allure de 10 km/h maxi ,
cela étant très pifométrique car il n’y a aucune indication de distance hormis
celles du carnet de route qui précise les écarts entre les points de
ravitaillement. Pas facile de se régler donc, d’autant que le dit écart atteint
parfois 20 km ! En outre, le tracé , s’il ne présente pas de grosse difficultés
individualisées , est loin d’être une ballade, avec des successions de bitume,
puis de chemins côtiers étroits, vallonnés, couverts de racines ; des allées
forestières, des traces fendant les hautes herbes des marais ; des marches ,
des rochers, du sable , des bordures de plage…Le paysage est agréable sans être
fascinant, je m’arrête prendre quelques photos. Le temps est clément,
alternance nuages / soleil, pas de pluie au programme. 177 km pour aller en
face !
Pas grand-chose à signaler durant les premières heures .
Les bénévoles sont aux petits soins, déçus de ne pas nous offrir tout ce que
nous souhaitons : certains ravitos n’auront ni sucre ni coca faute
d’approvisionnement. Peu de spectateurs, ce qui n’est guère étonnant, car nous
évitons les centres urbains, sauf aux points de relais. – une course par
équipes se déroule simultanément, dont le départ est donné à 19h. Il fait nuit
à 23 h. , je branche la frontale et le mp3 ( qui sera interdit sur le Spartathlon
, snif ! ), et continue mon bonhomme de chemin. Le peloton s’est rapidement
étiré, et je courrai seul au moins 120 km sur l’ensemble , bonne préparation
psychologique ! En fait je ne rejoindrai 2 coureurs qu’à une dizaine de km de
Vannes, vers 5 h. du matin , pour repartir isolé durant les 50 km suivants. Je marche
très peu dans cette première partie – c-à d sur les 94 km menant à Vannes d’où
partira le « semi « . La nuit est stimulante, la musique également, qui
m’abandonnera peu avant l’aube , les piles de rechange n’ayant pas été
suffisamment rechargées ! Aucun problème d’alimentation. Aux 4 points
principaux, je m’offrirai thé, riz au lait, pâtes et jambon que je dégusterai
suivant les bons principes des circadiens, en marchant : on se repose tout en
avançant et l’ingestion est plus calme – je garderai mon assiette dans le filet
de mon sac jusqu’à trouver une poubelle.Aux autres, boissons, pâtes de fruit, etc…Pas
la moindre gêne digestive, ce qui est très appréciable dans ce type d’épreuve !
La deuxième partie est moins « technique « , sauf les 20 derniers km qui
comportent de nombreux escaliers en bord de mer. Entre Theix et Noyalo , je me
sens moins bien, et marche plus. Les pâtes de Noyalo me réconfortent, je déci
de d’adopter une variante « Cyrano « , soit 10 min. de course pour 5 de marche,
moyennant quoi j’avance correctement sans vraiment souffrir. L’objectif des 26
h. s’éloigne cependant, je mise plutôt entre 27 et 28 heures si le rythme se
maintient. Je joue au yoyo avec quelques concurrents, dont les 2ème et 3ème
féminines – l’une d’elles est membre de l’équipe de France de 100km -, et celui
qui finira 3ème V3. Un crachin nous rafraîchit par intermittence sans nous
tremper. Je ne me sens pas mal , et à 20 km de l’arrivée, je me rends compte
qu’il n’est pas impossible de descendre sous les 27 h. Selon les pointages, je
me situe vers la 80 ème place – sur 427 inscrits -, cela reste stable mais
s’avèrera totalement inexact ! Bref, je cours sans discontinuer durant les 10
derniers km , je suis maintenant certain de finir en moins de 27 heures.
J’aurais aimé terminer avec Jean (3ème V3), mais il craque complètement dans
les 2 derniers km et je ne veux pas franchir les 27 heures ! Dernier virage sur
le port de Crouesty , annonce au micro : arrivée du dossard 378, D.L, de l’USO
Chelles ! 26h48min. ! Et, cerise sur le gâteau, je ne suis pas du tout 80 ème,
mais 55 ème ! –en fait, les relayeurs étaient comptabilisés comme nous aux
points de contrôle. Il y aura en définitive 268 arrivants individuels Je suis
donc plutôt satisfait tant du chrono que du classement.
Quelques minutes plus tard, j’aperçois Jean-Marc, qui a
abandonné au 135 ème km. Ayant eu le temps de se reposer avant mon arrivée, il
me propose de reprendre la route de suite , quitte à nous arrêter de temps en
temps pour dormir un peu. J’acquiesce, m’apprête à prendre une douche, et voilà
que je me mets à grelotter, à claquer des dents, soudain frigorifié par le vent
sur mon maillot humide. Heureusement, je peux bénéficier d’un abri sous la
tente du PC course, où je suis bichonné jusqu’à me remettre d’aplomb –
couverture, café, coca, sandwich…La discussion avec les organisateurs est
intéressante : ils sont une vingtaine de permanents durant l’année, et 750 ( !
) pendant la course, tous bénévoles bien entendu , hormis les membres des
professions de santé – qui, malgré des rémunérations fort attractives,semblent
difficiles à recruter. Bon, cela va mieux, il est un peu plus de 21h., je n’ose
pas prendre une douche de peur de récidiver un chaud-froid ; comme Jean-Marc
n’en a pas pris non plus, j’imagine l’odeur dans la voiture ! Pas question
d’embarquer un auto-stoppeur, de toutes façons il ne voudra pas monter !
Moyennant plusieurs arrêts sur l’autoroute, nous
atteindrons Vaires à 6 heures dimanche matin. Je lis avec attention les
documents expédiés par le C.O du Spartathlon , mon esprit est parti vers
Athènes ; mon résultat au Raid m’incite à penser que , vraiment, c’est «
jouable « .
Rendez-vous dans un peu moins de trois mois. J’ai encore
un peu de temps pour progresser.